HISTOIRE DE L’ACADÉMIE

 

1700-1793

DE LA NAISSANCE ROYALE

À LA MORT

RÉVOLUTIONNAIRE

 

C'est au début du XVIe siècle que certains Lyonnais, instruits et laborieux, se réunissent pour cultiver en commun les lettres et les sciences. Ils donnent comme titre à leur société "Athenaeum Lugdunense restitutum" pour la rattacher aux temps glorieux d'Auguste et de Claude. Ce titre sera repris comme devise par la future Académie. Au milieu du XVIème siècle, Baïf forma, avec six de ses amis, une ébauche de société académique appelée La Pléiade. On prétend qu'après la disparition de ces premières ébauches une nouvelle société sera reprise par Nicolas de Lange après qu'il eut acheté la maison de Fourvière où l'une d'elles tenait jadis ses assises : on lui donnera le nom d'Académie de Fourvière ou d'Académie Angélique, du nom de la maison. Elle cessa à la mort de Nicolas de Lange (1606). En fait, Eugène Vial, académicien et savant érudit, pense que cette académie de l'Angélique n'a jamais existé, la dite maison ayant été construite plus tardivement.

 

De discrets débuts

En la dernière année du XVIIe siècle, la première véritable Académie tire son origine de la volonté de sept Lyonnais de se réunir pour disserter des sciences et des lettres, participant ainsi au vaste mouvement intellectuel qui va caractériser le XVIIe siècle.

Portrait de Claude Brossette  agrandir

Le 10 avril 1700, Claude Brossette est né le 8 novembre 1671 à Theizé (Rhône).), avocat et échevin, écrit à Boileau pour l'informer de cette naissance et il cite les sept personnes composant alors l'académie : MM. Dugas, Falconnet, Brossette, de Serre, de Puget, de Saint-Bonnet et Fellon. Il parle de « notre petite académie », tout en remarquant « que les plus grandes choses ont presque toujours une faible origine » ; il précise « que, depuis le commencement de cette année nous avons formé des assemblées familières, pour nous entretenir des Sciences et des Belles-Lettres un jour chaque semaine. (..) Toutes sortes de sujets peuvent être, tour à tour, la matière de nos conférences : la physique, l'histoire civile et l'histoire naturelle, les mathématiques, les langues, les lettres humaines, etc. ». Boileau répond à Brossette par une lettre d'encouragement datée du 1er juin 1700 où l’on retrouve le style des Satires: « Je suis ravi de l'académie qui se forme en votre ville. Elle n'aura pas grande peine à surpasser en mérite celle de Paris, qui n'est maintenant composée, à deux ou trois hommes près, que de gens du plus vulgaire mérite, et qui ne sont grands que dans leur propre imagination ». Boileau n'est pas très tendre mais cela doit plaire aux Lyonnais surtout lorsqu'il ajoute : « je suis persuadé que, dans peu, ce sera à l’Académie de Lyon qu'on appellera des jugements de l'Académie de Paris ». D'ailleurs l'Académie lyonnaise refuse de se placer sous le patronage des Académies parisiennes comme le font beaucoup d'autres.

La première assemblée se tient le 30 mai 1700, probablement au logis de Falconnet, et on sait qu'elle est employée, ainsi que la suivante, à discuter la démonstration de Descartes sur l'existence de Dieu : beau début ! Ce sont ensuite les maisons de Brossette, de La Valette, de Montigny (1704), de Dugas (1710) et surtout de Falconnet qui accueillent les réunions académiques. Il faut attendre 1717 pour que l'archevêque François Paul de Villeroi mette une salle de son palais, proche de la cathédrale, à la disposition de l'Académie. C'est un bel exemple de retour aux sources que de voir aujourd'hui l'Académie logée dans le palais archiépiscopal de Saint-Jean et y tenir sa séance hebdomadaire.

 

Une histoire parallèle

En 1713, un autre groupe de cinq notables lyonnais se réunissent en une Académie des Beaux-Arts dans le but premier d'organiser des concerts et dans celui de disserter sur les sciences : il s'agit de MM. Bergiron, Besson, Christin, Delamonce et Moyroud.

En 1724, cette académie est reconnue comme "Académie des Beaux-Arts" indépendante de celle des "Sciences et Belles-Lettres" mais ne formant malgré tout qu'une seule et même entité : ce sont les premières Lettres patentes de 1724. Elle construit alors, entre les Cordeliers et le Rhône, le bâtiment dit du Concert pour y donner ses spectacles et y tenir ses assises : il comporte, outre la salle d'audition, des salles de réunion et une bibliothèque ; il sera cédé au Consulat en 1742, puis plus tard détruit en 1856. Dans leur fonctionnement, les deux académies sont reconnues comme indépendantes. L'académie des Beaux-Arts est divisée en trois classes : physique, mathématiques et arts.

A partir de 1736, une scission de fait se produit entre les amateurs de musique et ceux qui s'intéressent avant tout aux conférences scientifiques : ainsi naît, le 12 avril 1736, la "Société des Conférences". Douze ans plus tard cette scission sera reconnue par d'autres Lettres patentes (de 1748, confirmées en 1750 et enregistrées en 1756). "Académie des Beaux-Arts" est le titre originel, de ce que les Lyonnais appellent communément Académie du Concert ou Société du Concert ; en 1748, "Société royale des Beaux-Arts" remplace "Société des Conférences" et devient le nom officiel de la nouvelle et autonome académie regroupant ceux qui cultivent exclusivement les sciences et les arts.

 

Une histoire officielle

Après plus de vingt années d'existence strictement lyonnaise, des Lettres patentes de 1724 viennent donc officialiser l'Académie au même titre que plusieurs autres l'avaient été, avant elle, en France. Ces Lettres patentes officialisent donc, ainsi que nous venons de le dire, l'existence d'une Académie des Sciences, des Belles Lettres et des Beaux-Arts mais divisée en deux compagnies : Sciences et Belles Lettres d'une part, Beaux-Arts de l'autre avec vie indépendante mais un seul protecteur, celui qui avait sollicité‚ et obtenu les Lettres patentes, le maréchal duc de Villeroi.

En novembre 1752, enregistrées en mars 1753, de nouvelles Lettres patentes sont établies par Louis XV mais ne concerne que l'Académie des Sciences et Belles Lettres. Ces lettres ne semblent avoir pour but que d'autoriser l'Académie à recevoir des dons et libéralités pour fonder des prix. Il est confirmé qu'elle jouit des mêmes avantages que les autres académies du royaume. Ce sont ces Lettres qui officialisent le Règlement en 33 articles publié en 1727. Comme pour les premières Lettres patentes, un acte consulaire lyonnais traduit localement l'édit royal

.

Patente 1758

En 1758, les quatrièmes Lettres patentes, après celles de 1750 pour les Beaux-Arts, entérinent la fusion entre l'Académie des Sciences et Belles Lettres et la Société royale des Beaux-Arts . Les deux sociétés avaient les mêmes préoccupations et leurs membres étaient en majorité communs. L'Académie prend le titre qui est encore le sien, Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, et se réunit en séance extraordinaire le 31 août 1758. Les premières séances officielles de la nouvelle académie commencent le 14 novembre.

En 1764, de nouvelles Lettres patentes sont promulguées : malheureusement les archives de l'Académie ne les ont pas conservées ainsi que Dumas l'affirme. Ce sont elles qui attribuaient à l'Académie une dotation annuelle de 600 livres. On ne connaît donc pas l'origine exacte de cette subvention.

 

Le 3 novembre 1786, le roi accorde à l'Académie le Privilège d'imprimer, durant 20 ans, ses ouvrages, ceux des académiciens et ceux qu'elle aurait approuvés, de choisir son imprimeur et de vendre les ouvrages. Les copies ou contrefaçons sont interdites (registre XXIII de la Chambre royale et syndicale des libraires et imprimeurs de Paris, n°943).

 

Le 4 août 1789 on ferme la bibliothèque et la séance publique prévue pour la Saint Louis est reportée. Les désordres se multiplient à partir de 1790 : l'hôtel de ville est gardé, la loi martiale est décrétée. L'Académie interrompt ses séances le 22 février 1791, puis tente de les reprendre ; elle sauve ses livres et collections alors qu'on devait les vendre. Le 5 septembre 1791 elle prend la décision de se transférer dans les bâtiments du Collège où elle tient séance dès le 20 novembre. Elle continue à répondre à de nombreuses sollicitations officielles : sur un procédé de teinture, sur une pompe à vide, sur la nature des plaies par armes à feu à la suite du 29 mai 1793, etc.

 

Mais bientôt c'est l'arrêt absolu : par un décret du 8 août 1793, la Convention supprime les corporations savantes sans exception. L'Académie de Lyon a cessé d'être.

Les protecteurs

Dès son origine, l'Académie se place sous la protection des Villeroi qui représentent l'autorité suprême dans la ville.

Le premier "Protecteur" est le maréchal François de Neuville (ou Neufville), duc de Villeroi (ou Villeroy) qui est alors gouverneur et lieutenant général de la ville et de la province. Il fut un général plutôt médiocre ce qui ne l'empêcha pas de devenir maréchal. Né en 1644, il meurt à Paris en 1730 et c'est Brossette qui prononce son éloge funèbre académique le 28 novembre 1730.

Portrait du duc de Villeroi

En 1715, son second fils, François Paul (1677-1732), le remplace comme Protecteur (d'après Dumas). Il était depuis peu archevêque de Lyon et, à partir de 1717, il accueille les séances académiques en son palais de Saint - Jean. Il est fort assidu aux exercices littéraires.

Le roi, dans ses Lettres patentes de 1724, fait référence à la sollicitation du maréchal de Villeroi pour reconnaître officiellement l'Académie. Il désigne son "très cher et bien aimé cousin" comme protecteur : ainsi l'Académie semble désormais avoir deux protecteurs, l'officiel et l'officieux, le père et le fils, le maréchal et l'archevêque, François et François Paul. Or le maréchal meurt en 1730 et ses fonctions de gouverneur et de lieutenant général sont reprises par son fils aîné, Louis Nicolas, né en 1671. Puis meurt l'archevêque en 1731 : le nouveau gouverneur reste seul protecteur, mais il meurt à son tour, peu après son frère, en 1734.

C'est alors Louis François Anne de Neuville, son fils né en 1696, plus connu sous le nom de duc de Retz, qui devient gouverneur du Lyonnais, Forez et Beaujolais et, par cela même, protecteur de l'Académie; il le restera jusqu'en 1763, date de sa démission. Il meurt en 1765.

Le dernier duc de Villeroi, en ligne directe, est Gabriel Louis de Neuville, petit-fils de Louis Nicolas, fils de François Camille, né en 1731, qui sera le dernier gouverneur de 1765 à 1790.

Même si l'Académie s'est placée elle-même sous diverses tutelles honorifiques et si elle tend à considérer le maire de Lyon comme son "protecteur" actuel naturel, seuls les deux premiers gouverneurs de Villeroi furent officiellement bénéficiaires de ce titre.

L'Académie dans la ville

La première séance publique, conformément aux Lettres patentes, a lieu le mardi 12 décembre 1724 à l'Archevêché.

C'est en 1726 qu'un premier acte consulaire de la ville de Lyon fixe le siège de l'Académie qui, jusqu'alors, se réunissait en des lieux divers, au début au domicile de l'un des membres puis, plus régulièrement, au palais de l'Archevêché. Désormais l'Académie tient séance à l'Hôtel de Ville, dans la salle attenante au Secrétariat. De plus l'acte précise que « les frais de l'écritoire, du feu et de la lumière » seront assurés par la Ville. En contrepartie les prévôts des marchands peuvent être académiciens honoraires ou associés dès lors qu'ils en font la demande.

En 1736, le Consulat, accédant à la demande du duc de Villeroi, décide de distribuer aux académiciens 300 jetons d’argent tous les deux ans, soit 150 par ans. Ils portent à l’avers la devise académique avec l’Autel de Rome et Auguste et 1700 et, au revers, les armes de la ville. En 1745, le Consulat augmente sa dotation à 260 par an et, en 1759, après la réunion de la Société royale des Beaux Arts et de l’Académie, l’élève à 600 par an (Illustration).

 

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Un des premiers jetons offerts à l’Académie

Gravé par Balthazar Gentot

Argent - Ø 30 mm (Coll. particulière)

De même que le premier acte consulaire faisait suite à la reconnaissance officielle de 1724, l'acte du 14 août 1758 fait suite aux deuxièmes lettres royales. Il constate que la salle attenante au Secrétariat est devenue trop petite pour contenir les "livres, machines, curiosités d'histoire naturelle et autres effets" et pour accueillir désormais quarante académiciens en séance. En foi de quoi il affecte aux réunions du mardi et du jeudi la grande salle dite des Portraits ou salle Henri IV.

Pierre Adamoli, ancien conseiller du roi, maître des ports, ponts et passages de Lyon, fait son testament en 1763 et meurt en 1769. Je lègue, dit-il, « à perpétuité‚ et de bon cœur à Messieurs de l'académie (..) mon petit médaillier avec ma petite collection d'histoire naturelle, en coquillages, pierres arborisées et pétrifications, congellations, minéraux de différens genres ». Il continue : « Je leur donne (..) avec plus de plaisir ma bibliothèque entière composée à présent d'environ cinq mille volumes ». Bien que le catalogue qui accompagnait la bibliothèque ait disparu, on sait qu'à sa mort elle groupait 5600 volumes, le médaillier avait 1 016 pièces.

Adamoli lègue aussi la somme de 3 500 livres dont le revenu doit permettre de frapper deux médailles, l'une d'or, l'autre d'argent, qu'il décrit et qui seront les récompenses d'un prix bisannuel pour des concours d'histoire naturelle (Illustration). Il demande enfin que son portrait soit copié, ce qui fut fait par Cogell, et placé dans la bibliothèque. De plus, Adamoli exige que la bibliothèque soit ouverte au public une fois par semaine, matin et soir, durant 6 heures l'hiver et 8 heures l'été.

 

 

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Coin en acier de la médaille du prix Adamoli

Gravé par Lebrun, dessiné par Donat Nonnotte

(Collection de l’Académie)

On trouve plus de détails concernant ce long testament dans l'ouvrage de Dumas.

Les objets du legs Adamoli sont d'abord stockés dans le bâtiment du Concert, appartenant à l'Académie des Beaux-Arts. Les administrateurs des Collèges proposent alors à la Ville de construire, à leurs frais, des salles spéciales derrière le Concert pour y placer la bibliothèque, mais le projet est sans suite.

Or, le 31 décembre 1771, la Ville accepte de verser une rente viagère en contrepartie de la donation de l'important cabinet d'histoire naturelle d'Antoine Joseph Pestalozzi, hérité de son père, Jérôme Jean, qui l'avait lui-même acquis auprès des héritiers de Balthasar de Monconys.

La Ville confie alors ces collections à l'Académie qui les ajoute au legs Adamoli, mais elle ne lui donne pas les moyens d'ouvrir au public cette première ébauche du Muséum d'histoire naturelle. Les héritiers d'Adamoli entament donc un procès en restitution pour non respect de la clause d'ouverture au public de la bibliothèque et des collections.

Ce n'est qu'en 1777 qu'un acte consulaire (28 mai) donne enfin les moyens d'installer correctement et d'ouvrir au public le legs Adamoli et le cabinet de curiosités Monconys-Pestalozzi. Pour cela on attribue à l'Académie le pavillon d'angle de l'Hôtel de Ville donnant sur la place de la Comédie et la rue Puits-Gaillot, premier étage, entresol et appartement qui en dépendent jusqu'aux archives (appartement occupé auparavant par Mme Millanois). Les assemblées de l'Académie se tiendront dans la salle des Portraits. Messieurs de l'Académie promettent d'y recevoir les assemblées de l'Ecole royale académique de dessin et de géométrie.

C'est donc à partir de 1777 que, tous les mercredis non fériés, le public peut visiter le premier vrai musée lyonnais et sa bibliothèque confiés aux bons soins de Messieurs de l'Académie.

 

1800-1847

RENAISSANCE DE L'ATHÉNÉE ET

MÉTAMORPHOSE DE L'ACADÉMIE

 

La suite de l’histoire officielle

«L'orage avait cessé. On ne remarquait plus sur les flots que cette légère ondulation, si douce à voir après une effroyable et longue tempête». C'est en ces termes que Dumas résume la Révolution française qui avait supprimé, ès qualité, l'Académie et, physiquement, quelques uns de ses membres. L'Académie a ainsi perdu Palerne de Savy, J. Mathon de la Cour et Bailly, tout simplement guillotinés ; Deschamps et Millanois, morts au combat durant le siège de la ville ; Rozier, mort dans son lit mais sous une bombe des assiégeants. l'Académie de Lyon n'est plus là pour naviguer, sur cette mer calmée alors que «le génie du mal cessait d'y planer avec ses ailes de feu».

Le préfet qui arrive en 1800, Raymond de Verninac est né le 7 janvier 1761 dans le Lot ; sa famille avait ajouté Saint-Maur à son patronyme. Il étudie le droit, à Paris puis en Angleterre, tout en s'adonnant à la poésie. Grand serviteur de l'Etat, il commence sa carrière comme médiateur entre l'Assemblée nationale et la Papauté à propos d'Avignon ; il sera ensuite ambassadeur ou envoyé extraordinaire à Stockholm, à Constantinople. Les préfectures étant créées par Bonaparte, Premier Consul le 3 mars 1800, Verninac est aussitôt nommé préfet général du Rhône. Il s'installe officiellement le 10 avril.

Portrait d’Henriette Raymond de Verniac par Jacques-Louis David

Le préfet Verninac déploie une grande activité administrative dans tous les domaines de son département, ce qui ne l'empêche pas, moins de trois mois après son arrivée, de vouloir faire revivre le passé littéraire, scientifique et artistique de Lyon. Pour cela, le dimanche 13 juillet 1800, il réunit à l'hôtel de la Préfecture, rue Boissac, des savants, littérateurs et artistes, en particulier les survivants de la défunte Académie. Il leur tient discours pour déplorer la disparition de l'Académie et n'a aucune peine à les convaincre de la faire renaître sous le nouveau nom d'Athénée qui est tout simplement celui figurant sur l'ancien sceau académique.

Profitant de sa position de préfet, le citoyen Verninac promulgue un Arrêté daté du jour même, le 24 messidor an VIII (13 juillet 1800) dans le préambule duquel on peut lire que « ... l'Académie qui exista dans la ville de Lyon soit remplacée par une Société libre des sciences, lettres et arts ».

L'arrêté comporte 24 articles qui constituent un véritable statut et que la nouvelle Société approuve comme Règlement.

ARRÊTÉ:

ART.1er . Il y aura dans la ville de Lyon une Société libre des sciences, lettres et arts, sous le titre d'Athénée.

2. Cette Société sera composée de Membres ordinaires, d'Émules et d'Associés.

3. Les Membres ordinaires seront au nombre de quarante-cinq. Ils auront seuls le droit d'élection et le jugement des prix. C'est parmi eux qu'on choisira les membres du Bureau, les commissaires pour les rapports, avis et députations, Ils foumiront un tribut annuel.

4. Les Émules seront au nombre de quinze ; admis aux séances, ils y auront voix consultative et foumiront deux tributs annuels.

5. Les Associés seront divisés en associés libres, résidant dans le département, et en associés honoraires.

6. Les associés libres seront au nombre de trente. Ils pourront assister aux séances, il y auront voix consultative, et ne seront soumis à un tribut que tous les trois ans.

7. Les associés honoraires seront en nombre illimité. On les choisira hors du département. Ils seront invités à correspondre avec la Société, et à lui envoyer leurs ouvrages.

8. Lorsque, parmi les membres ordinaires de l'Athénée il y aura une place vacante, les membres choisiront, pour la remplir, parmi les émules ou parmi les associés libres ou honoraires. Le candidat devra réunir vingt-trois suffrages.

9. Néanmoins, si, pour remplir une place vacante parmi les Membres ordinaires, il se présente des candidats qui ne soient ni dans le nombre des émules, ni dans celui des associés libres ou honoraires, les Membres pourront fixer leur choix sur l'un de ces candidats, pourvu qu'il réunisse trente-un suffrages.

10. Les membres ordinaires de l'Athénée nommeront aux places vacantes d'émules et d'associés libres ou honoraires, suivant le mode indiqué dans l'article 8.

11.Aucune élection ne sera faite que dans une assemblée générale des Membres convoqués expressément pour cet objet, au moins une décade avant le jour indiqué : toute élection aura lieu au scrutin secret.

12. Les anciens titulaires et associés de la ci-devant Académie de Lyon seront membres de l'Athénée.

13. Le titulaire passera de droit, sur sa demande, dans la classe des associés libres, à la première place vacante. Tout émule ou associé libre perdra son titre, s'il est trois ans sans présenter de tribut.

14. Les exercices seront divisés en deux classes : les sciences, et les lettres et arts. Vingt Membres seront classés pour la physique, les mathématiques, la médecine, l'art vétérinaire, lachimie, etc. vingt autres le seront pour la morale, la jurisprudence, le commerce, la politique, l'histoire, les antiquités, les langues, la poésie et l'éloquence; cinq autres le seront pour les arts.

15. L'Athénée tiendra une séance privée, le tridi de chaque décade. Il aura deux séances publiques : la

première, dans la première décade de germinal; la seconde le vingt-quatre messidor, époque de sa fondation. Les féeries de l'Athénée commenceront au premier fructidor, et se termineront au premier brumaire, chaque année.

16. L'Athénée proposera alternativement un prix dans la classe des sciences et dans celle des lettres, et indiquera, de préférence, des sujets relatifs aux besoins et à la splendeur de la ville et du département.

17. Le Président de l'Athénée sera élu pour un an. Il sera suppléé par un vice Président.

18. L'Athénée aura deux Secrétaires, nommés pour deux ans ; ils pourront se suppléer mutuellement. Encas d'absence ou de maladie, l'Athénée pourvoira au remplacement provisoire.

19. La police intérieure et réglementaire de la Société libre n'appartiendra qu'à elle-même ; elle se convoquera et se constituera sans l'intervention d'aucune autorité.

20. L'Athénée consulté pour les médailles, inscriptions et ordonnances de fêtes publiques, nommera une Commission pour ces objets. L'Athénée consulté par les autorités constituées sur un objet quelconque d'utilité publique, s'empressera de répondre à leur confiance.

21. L'Athénée ne pourra délibérer que lorsqu'il sera composé du tiers de ses Membres.

22. La qualification de Membre de l'Athénée, prise en tête d'un ouvrage, n'emportera point adhésion, de la part de l'Athénée, aux principes et opinions contenus dans cet ouvrage.

23. Le Président et les deux Secrétaires nommeront un Trésorier pour un an celui-ci rendra compte en comité de l'emploi des fonds.

24. Le présent arrêté sera adressé au Ministre de l'intérieur, pour être soumis à l'approbation du gouvernement,

 Fait à Lyon, le 24 messidor an VIII de la République.

                                                                                                                           Le Préfet du département,

R. VERNINAC.     

Le Ministre de l'intérieur approuve le règlement en date du 7 octobre 1800.

Verninac est nommé président, Laurencin vice-président, Roux et Bérenger secrétaires, mais ce dernier est remplacé par Pitt. Les nouveaux «Académiciens» offrent à Verninac le titre de «Rénovateur et Bienfaiteur». Il ne sera président qu'une année jusqu'au 2 juillet 1801 car il devient ambassadeur à Beme.

Tout est pour le mieux ; les anciens académiciens encore vivants reprennent leur place et leur nombre est complété pour atteindre 45. On nomme quelques émules et on inscrit en tête des associés les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Le Brun, qui accordent ainsi leur patronage à la Société.

Les places étant ainsi limitées, les plus jeunes intellectuels ne peuvent accéder suffisamment tôt, à leur goût, à l'Académie. Ils créent, en 1807, un Cercle littéraire qui deviendra la Société littéraire de Lyon en 1831. Parmi les fondateurs se trouvent Péricaud et Bréghot du Lut qui sont également académiciens. En effet la Société est une annexe et même une antichambre de l'Académie, sans jamais esprit de concurrence. Nombreux sont les académiciens qui en font partie dès avant leur admission dans la noble confrérie, surtout parmi les juristes.

Les discussions académiques vont bon train ne serait-ce que pour changer le titre de la Société car d'autres institutions françaises ont choisi la même nomenclature. On envisage Athenatum, Athenacrum ou Hermathénée, propositions restées heureusement sans suite. Si le titre est finalement conservé, il n'en va pas de même pour le règlement qu'on discute et modifie sans cesse : ainsi, dès 1802, on supprime les émules et les associés libres, on crée les émérites et les correspondants, tandis que les titulaires deviennent les résidents ! Bref, on s'occupe sainement.

En 1806, on décide d'abandonner le nom d'Athénée pour reprendre le vieux titre d'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts. Athénée ou Académie, le statut juridique ne change pas et elle reste une Société libre (Illustration).

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gJeton de l’Académie  (1807)

Gravé par Jean-Marie Chavanne

Argent - Ø 31 mm (Coll. particulière)

L'empire n'est pas plutôt remplacé par la royauté que la Société appelée Académie, dès le 12 avril 1814, rédige une délibération pour le moins curieuse. Non contente de saluer le retour des Bourbons, elle se félicite « avec transport de la déchéance de Napoléon Bonaparte » et voue « une éternelle reconnaissance aux souverains étrangers, grands et généreux libérateurs des Français ».

Ensuite l'Académie sollicite du roi l'autorisation de porter la décoration de la fleur de lys d'argent : elle est accordée le 13 août 1814. Puis on demande à Louis XVIII la faveur de l'inscrire en tête des Associés et d'utiliser à nouveau le titre d'Académie royale ce qui est accordé dès le 29 août 1814, trois mois après le départ de l'empereur.

 

 

Les nouvelles relations Ville-Académie

En ce début du XIXe siècle, l'Académie n'a pas retrouvé le privilège de tenir ses séances à l'Hôtel de Ville. C'est au Grand Collège qu'on lui a octroyé un asile médiocrement conforme à sa dignité. Aussi l'Académie n'a de cesse de réclamer une place au sein de l'ancien couvent des dames de Saint-Pierre ; son souhait ne sera exaucé que sous l'administration de Rambaud qui lui affecte quatre salles : elle tient sa première séance en ce lieu le 29 juin 1824 et elle y restera jusqu'en 1975.

On se souvient que le legs Adamoli stipulait que l'Académie devait ouvrir sa bibliothèque et ses collections au public, ce qui fut fait à partir de 1777. Mais, en 1793, l'Académie cesse d'exister: Adamoli a prévu que dans ce cas, les objets légués seront confiés aux magistrats municipaux. Après 1800, la nouvelle Académie demande la restitution : la réponse des autorités est favorable... mais rien ne se passe, inertie administrative oblige. Le maire Pierre Thomas Rambaud est plus réceptif aux demandes de l'Académie et par un arrêté pris le 2 décembre 1823 décide que la restitution sera opérée en 1826 (à l'exception de ce qui fut perdu durant 30 années).

En 1831, Terme, alors premier adjoint, décide de réunir en un seul ensemble la bibliothèque de l'école des Beaux-Arts et celles des diverses sociétés savantes établies au palais Saint-Pierre afin de les ouvrir au public tous les jours. L'Académie accepte mais, devenue méfiante, elle stipule : la bibliothèque Adamoli ne quitte pas sa place, les autres livres sont bien intégrés à la série générale mais restent la propriété académique et sont placés dans des armoires distinctes (délibération du 11 janvier 1831).

Ces très sages résolutions sont oubliées, 130 ans plus tard, lorsque l'Académie cède, sans retour, la bibliothèque Adamoli à la bibliothèque municipale de Lyon.

À partir de 1847, la Ville double la subvention qu'elle octroyait à l'Académie : 2400 F au lieu de 1200 F. C'est un beau geste, encore à méditer de nos jours. Dès qu'elle en fut informée, l'Académie, en sa séance du 24 novembre 1846, vote des remerciements à M. Menoux qui avait plaidé sa cause au sein du conseil municipal. De plus, suivant en cela l'exemple des anciens qui avaient répondu aux libéralités du Consulat en nommant Associé le prévôt des marchands (1726), elle adopte la résolution suivante :

«L'Académie reconnaissante de la décision par laquelle le Conseil municipal vient de porter sa dotation de douze cents à deux mille quatre cents francs, arrête :

Art. 1er  Le Maire de Lyon est déclaré, à perpétuité, président honoraire de l’Académie ;

Art. 2 - À l'expiration de ses fonctions, le maire de Lyon restera inscrit au nombre des associés de l'Académie

Le 15 décembre, le maire remercie, au nom du Conseil, de l'honneur qui lui est fait et se félicite « de voir resserrer les liens qui unissent deux corps concourant avec un zèle égal à la gloire et à la prospérité de la ville de Lyon ».

Ensuite, certains maires de Lyon seront Présidents honoraires, d'autres porteront le titre de Protecteurs afin de rappeler les Villeroi et quelques autres plus rares deviendront Académiciens titulaires en raison de leurs mérites et non de leur fonction.

 

L'Académie et le pouvoir national

 

            Les rapports avec le chef de l’État

Au cours du XVIlle siècle, tout reste simple: le pouvoir national est celui des rois. L'Académie reçoit ses Lettres patentes et se place, systématiquement, sous l'autorité et la protection du roi : elle est Académie «royale».

En 1800, l'Académie inscrit en tête de ses associés les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Lebrun. C'est faire preuve de logique. Il faut croire cependant que la majorité des académiciens est plus royaliste que républicaine ou bonapartiste : on ne retrouve pas d'adresse spontanée lorsque Napoléon devient empereur. Cependant, on inscrit au premier rang des associés « Sa Majesté NAPOLÉON BONAPARTE, Empereur des Français et Roi d'Italie, membre de L'Institut ». Par la même occasion on inscrit Talleyrand à la place de Bonaparte.

C'est seulement lors du passage à Lyon de l'empereur et de l'impératrice que l'Académie est reçue en audience (22 avril 1805). Le président Bérenger prononce un discours devant Napoléon, de même qu'il complimente, en vers, l'impératrice. Napoléon interroge sur l'organisation et les travaux de l'Académie mais semble excédé par l'insistance de Caminet à réclamer remboursement de marchandises saisies jadis au bénéfice de la République. Laurencin présente les travaux d'aménagement de Lyon. Le 26, Roux consigne l'audience « comme l'événement le plus flatteur pour l'Académie et le plus propre à exciter son éternelle reconnaissance ».

En 1814, en sa séance du 12 avril, le lendemain du traité de Fontainebleau, avant même que l'empereur ait atteint l'île d'Elbe, « l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, vivement pénétrée des sentiments de joie et d'allégresse qu'inspirent à tous les Français le retour tant désiré de la maison de Bourbon au trône de Saint-Louis (..) adhère avec transport (..) à la déchéance de Napoléon Bonaparte (..), à la restitution de la couronne à Louis XVIII, à l'éternelle reconnaissance des Français pour leurs grands et généreux libérateurs ». Dans le même élan, elle sollicite l'autorisation de porter la fleur de lys et le titre d'Académie royale (déjà anticipé !), ce qui lui est accordé.

L'histoire reste fort discrète sur le comportement de l'Académie au cours des Cent jours : on peut supposer qu'elle chercha avant tout à se faire oublier.

L'avènement de Charles X, en 1824, tombe pendant les féeries académiques ce qui n'empêche pas l'envoi d'une adresse : « cultivant les sciences, les lettres et les arts au pied de l'autel d’Auguste, nous osons élever jusqu'à vous, Sire, notre hommage et nos vœux. »

Au XXe siècle, l'Académie néglige définitivement les présidents de la République et ne fait une exception que pour le maréchal Pétain, chef de l'Etat, inscrit comme Associé.

 

Les entrées solennelles

Les souverains, depuis le XVe siècle, sont reçus dans les villes selon un protocole qualifié d'entrée solennelle. Plus tard il en sera de même pour les princes et princesses, le pape et les cardinaux, les présidents de la République. De Charles VIII au président Félix Faure, la ville de Lyon n'a pas failli à la règle. Au cours ou à la suite de l'entrée solennelle, les corps constitués rendent hommage au prestigieux visiteur. L'Académie est au nombre des institutions et on lui demande souvent son concours pour préparer les festivités et rédiger les inscriptions.

Les hôtes de Lyon logent à l'Hôtel de Ville ou à la préfecture, mais aussi, très souvent, au palais de l'archevêque : c'est la règle pour tous les rois et ce sera aussi le cas de Napoléon 1er  (1805), du pape Pie VII (1805) et des princes au début du XIXe siècle : l'ancienne, et future, résidence académique est fort appréciée.

Ainsi l'Académie participe à la réception solennelle des rois, empereurs, princes et présidents : deux fois Napoléon Bonaparte au titre de consul, une fois Napoléon 1er  et l'impératrice, deux fois Louis-Napoléon Bonaparte président et deux fois Napoléon III ; Mac Mahon, Carnot et Faure comme présidents... On peut noter qu'en 1814, pour l'entrée de Monsieur, frère du roi, l'Académie lui présente les «tables claudiennes» au cours d'un banquet.

Il est certain que l'Académie trouve plaisir et gloire à participer aux entrées solennelles, mais c'est Grandperret (1845, p. 44-45) qui rappelle à la compagnie ce qui devrait rester son rôle et faire sa vraie grandeur : « Nous ne dirons rien de tous les compliments de pure civilité que l'Académie a présentés aux princes, princesses et grands personnages que les circonstances ont amenés à Lyon (.). On doit se rappeler que sa mission n 'est pas de grossir le nombre des courtisans, mais de se rendre utile par ses travaux

 

 

1848-1999

UN SIÈCLE ET DEMI POUR

L'ACADÉMIE MODERNE

C'est en mars 1847 que l'Académie décide de créer des «fauteuils», d'en fixer le nombre et de les répartir entre les classes et les sections. L'Académie prend donc, à partir de 1848, sa structure moderne.

 Normalement l'histoire de l'institution devrait se dérouler sans heurts, rythmée par de mineurs changements de nomenclature : Académie royale, Académie impériale, selon la forme du gouvernement de la France, jamais pourtant Académie républicaine mais, au mieux, Académie nationale.

 

L'Académie et la loi

Malgré la présence en son sein de juristes, d'administrateurs, d'édiles et de maintes personnalités fort compétentes, l'institution académique montre une propension bien réelle à vivre hors du temps et des lois. En trois siècles les lois changent et toute société doit se conformer aux règles nouvelles.

Il suffit de prendre pour exemple ce qui advint au début du Second Empire. De 1840 à 1867 aucune fondation nouvelle ne vient enrichir l'Académie. Est-ce à cause de cette longue interruption qu'en 1866 la donation des époux Cheuvreux, héritiers de J.-J. Ampère, soulève une curieuse réaction administrative ? Est-ce pour bien montrer l'évolution de sa toute puissance que l'administration réagit ainsi ?

Le préfet Chevreau transmet à Paris, avec un avis favorable, le dossier de la donation Cheuvreux pour la création du prix J.-J. Ampère avec une rente de 1800 F. Or, en réponse, le ministre de l'instruction Publique (Dury) signe une lettre dans le plus pur style bureaucratique : oui les Lettres patentes de 1724 sont bonnes, mais l'Académie a été supprimée en 1793 ; oui elle fut rétablie en 1800, mais la personnalité civile n'a pas été mentionnée et elle n'est qu'une société libre ; oui, en 1814, le roi lui a bien octroyé le titre de «royale», mais sans que ce soit « un acte émanant de la souveraineté Royale dans son plein exercice», alors qu' «une ordonnance royale rendue dans les formes solennelles d'usage était indispensable ». Comme dans sa naïveté, et son honnêteté, l'Académie avait joint à la demande un extrait de son budget, le ministère semble prêt à lui reprendre ses avoirs.

Cependant, le bienveillant ministre énonce les conditions pour régulariser la situation : il faut fournir la liste des membres, cent cinquante exemplaires imprimés des statuts, trois exemplaires manuscrits du règlement intérieur et un relevé financier, avec une demande en bonne et due forme.

L'Académie s'étonne, car elle tend toujours à vivre hors des règles. Pourtant elle reste obéissante et, en sa séance du 19 mars 1867, elle approuve ses nouveaux statuts, son nouveau règlement intérieur et la situation financière : les documents demandés sont prêts et envoyés. Mais elle ajoute un véritable mémorandum, trois fois plus long que la longue lettre ministérielle, car « elle a jugé qu'elle se devait à elle-même, qu'elle devait à sa dignité, à son passé, à son avenir, d'exposer à votre Excellence les motifs qu'elle avait eus de ne pas croire à la nécessité de nouvelles formalités ». Pour cela, elle rappelle tous les actes officiels du XVIIIe siècle (bien qu'abolis en 1793), puis les dons et encouragements reçus au cours de la première moitié du XIXe siècle (arguments bien plus convaincants, surtout en ne faisant allusion qu'à ceux du premier Empire), enfin elle plaide sa fidélité (on peut trouver l'intégralité de la lettre ministérielle et du mémorandum académique dans Bonnel, p. 9-21).

L'Académie sollicite donc la reconnaissance d'utilité publique. Elle obtient par décret impérial du 27 juillet l'autorisation d'accepter la donation Cheuvreux ; le même décret approuve les statuts. Ce sera un arrêté du 19 août 1867 qui approuvera le règlement intérieur.

L'Académie n'a pas perdu la face et reste dans son univers ; l'administration non plus qui reçoit son dossier et peut ainsi promulguer décret et arrêté pour reconnaître une existence à l'évidence légale.

On peut lire sous la plume de Bonnel (p. 22) qu'on « découvrit dans les archives de l'Académie l'expédition d'une ordonnance royale, en date du 7 novembre 1839 autorisant l'Académie à accepter un legs ». Bonnel en conclut qu'on lui reconnaît «ainsi» la qualité d'établissement d'utilité publique. C'est encore méconnaître la plus élémentaire règle administrative : ce n'est pas un décret d'utilité publique. On l'envoie cependant au ministère.

D'ailleurs, lorsque l'autorisation d'accepter le legs Chazière est donnée par décret, cette dernière fait référence aux Lettres patentes de 1725, au décret préfectoral et à la décision ministérielle correspondante de 1800, enfin au décret impérial de 1867. L'ordonnance de 1839 n'est même pas mentionnée puisqu'il ne s'agissait que d'autoriser un legs. Tous ceux qui souhaitent connaître avec précision les droits et les devoirs de l'Académie voudront bien consulter l'excellent rapport établi en 1907 par le bâtonnier A. Dubreuil. Même s'il s'agit à l'origine de bien définir les règles vis-à-vis de la bibliothèque, le rapport fait référence à l'ensemble du patrimoine académique et aux locaux qui lui sont dévolus ; il traite surtout des relations avec la ville de Lyon mais fait aussi allusion aux droits et devoirs de l'État.

Aujourd'hui rien ne semble avoir changé : la bureaucratie, toujours imprévisible, accrochée à la lettre de ses règlements, et l'Académie, toujours hors du monde et du temps, accrochée à ses privilèges royaux. Tout au plus, peut-on s'étonner de voir, encore récemment, sur le papier à lettres de l'Académie, la mention de l'ordonnance ponctuelle de 1839 comme si elle avait la même importance que les Lettres patentes.

 

L'Académie et l'Institut de France

Au XVIle, mais surtout au XVIlle siècle, les académies ont souvent cherché à établir des relations privilégiées avec l'Institut, soit avec l'Académie Française, soit avec l'Académie des Sciences. Ce sont de véritables contrats d'alliance ou d'affiliation qui sont établis, inclus dans les statuts et repris dans les Lettres patentes officielles.

Les académies représentent tout le savoir de ces époques et elles éprouvent, plus ou moins, le désir d'échanger, de coordonner leurs travaux, tout d'abord avec ceux des académies nationales.

Les plus anciennes associations sont à l'initiative de l'Académie Française : la première en date est celle de l'Académie d'Arles, précocement disparue ; ensuite c'est le tour des académies de Soissons (1674), de Nîmes (1692), puis de Caen, de Dijon, de Marseille... La liaison avec l'Académie des Sciences est le fait de Montpellier (1706) et de Bordeaux (1715).

Quant à l'Académie de Lyon, elle n'a jamais souhaité une quelconque association avec les grandes institutions nationales et on peut même supposer qu'elle a résisté aux sollicitations des sirènes parisiennes. Cependant très nombreux sont les associés ou correspondants, membres de l'Institut; nombreux aussi sont les académiciens lyonnais, qui, aussi bien correspondants que titulaires, devinrent membres de l'une des académies nationales.

À mesure du développement des sciences, les sociétés «savantes» se multiplient et Guizot, ministre de l'instruction publique, cherche à les fédérer, voire les contrôler : en 1834, il crée pour cela le «Comité historique». Celui-ci ne jouera pas le rôle conforme à sa mission d'origine, malgré les belles paroles ministérielles : « Il faut que les sociétés savantes reçoivent du gouvernement, protecteur naturel de l'activité intellectuelle, aussi bien que de l'activité matérielle du pays, un encouragement soutenu ; de l'autre, que leurs travaux soient effectivement portés à la connaissance du public. Le plus sûr moyen, je pense, d'arriver à ce double résultat, c'est d'instituer, entre ces sociétés et le ministère de l’instruction publique, des relations fréquentes et régulières ».

Plus tard, en 1839, Caumont fondera un « Institut des provinces » qui servira de comité de direction pour les congrès des sociétés (géologie, archéologie...). L'actuel « Comité des travaux historiques et scientifiques » est l'héritier des institutions que l'État chercha à créer pour encadrer l'ensemble des sociétés savantes. Il perpétue la tradition d'un congrès annuel.

Pour bien connaître les relations entre les académies et l'Institut, il convient de se reporter à l'ouvrage de Francisque Bouillier, académicien lyonnais, qui traite de deux siècles de relations sous le titre L'Institut et les académies de province (1879). Bouillier avait, auparavant, présenté devant l'Académie une communication portant le même titre, le 29 juin 1857. Il concluait en quelque sorte en disant : « Que manque-t-il aujourd'hui aux académies de la province ? Ce ne sont pas les hommes, mais les encouragements, la publicité, une impulsion d'en haut, une direction commune, c'est enfin l'association au lieu de l'isolement

Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que, sous l'impulsion passionnée d'Edmond Reboul, secrétaire de la classe des Lettres puis président de notre Académie, on tisse des liens réels entre l'Institut et les académies de province, antérieures à la Révolution.

Le début est relativement modeste : les délégués de 23 académies de province sont accueillis à l'Institut et participent à une séance de l'Académie des Sciences morales et politiques (1989). La première réunion générale a lieu à Lyon, en octobre 1991, avec la présence des représentants des cinq académies de l'Institut et de 23 académies de province. On décide alors de désigner ce regroupement académique sous le nom de "Conférence nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts". Il faut cependant attendre 1994 pour que des statuts soient acceptés, à Rouen dont l'Académie fêtait son 250e anniversaire ; E. Reboul en est alors le premier président élu. La Conférence nationale est vraiment née et ses statuts déposés dans le cadre de la loi de 1901. Depuis, plusieurs rencontres ont eu lieu soit à Paris soit dans la ville académique, la plus solennelle étant celle du 10 octobre 1996 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, avec l'Institut, en présence du chef de l'Etat.

Après un modeste bulletin de liaison, la Conférence publie une vraie revue sous le titre Akademos.

Il est recommandé de consulter l'article de E. Reboul, retraçant sa communication du 21 avril 1998, et intitulé "Lyon et les académies de province" : l'historique complet de la naissance de la Conférence nationale s’y trouve.

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